Les catastrophes et décès du mois de juin
Les catastrophes et décès du mois de JUIN
Samedi 30 juin 1928 : Puits des Combes, Roche-la-Molière, 48 morts
La commune de Roche-la-Molière, dans la Loire, a été le théâtre d’un drame minier d’une ampleur exceptionnelle en juin 1928. Deux accidents mortels successifs ont frappé la fosse Combes, exploitée à l’époque par la Compagnie Roche-Firminy, future composante des Houillères de la Loire après la nationalisation.
Les événements se sont produits à dix jours d’intervalle, les 20 et 30 juin 1928, dans les galeries situées à environ 338 mètres de profondeur. Ces deux coups du sort ont profondément marqué la mémoire ouvrière du bassin stéphanois.
Le bilan est terrible : 48 mineurs perdent la vie dans des conditions dramatiques. Les victimes venaient d’horizons divers, témoignant de la diversité ouvrière dans le bassin :
- 31 mineurs français
- 11 travailleurs polonais
- 4 Marocains
- 1 Tchécoslovaque
- 1 Italien
Ces hommes, descendus pour assurer la production, ont trouvé la mort dans les entrailles de la terre, probablement suite à des explosions de grisou ou à un incendie souterrain, causes fréquentes dans ce bassin connu pour sa forte teneur en gaz.
Dès l’annonce du drame, une foule silencieuse se masse autour du puits. Les visages sont tendus, les regards pleins d’angoisse. Épouses, mères, enfants attendent des nouvelles, espérant que leur proche figure parmi les survivants. Les sauveteurs remontent quelques rescapés, épuisés, les poumons meurtris, haletants à la recherche d’un souffle d’air pur.
Les corps des victimes, identifiés avec douleur, sont alignés sous des couvertures, dans une atmosphère de recueillement pesant. La scène, tragique, frappe durablement les esprits des habitants du bassin.
Deux jours plus tard, de grandes funérailles populaires sont organisées. Près de 30 000 personnes se réunissent pour un dernier hommage. Le maire, les autorités religieuses, les représentants de la compagnie minière se succèdent au pupitre, saluant ces hommes comme des « morts au champ d’honneur ». Dans la foule, les pleurs se mêlent à la dignité. La mémoire collective de Roche-la-Molière portera longtemps la trace de ces journées funestes.
Photos et article, le Peuple, col APPHIM
Dimanche 20 juin 1954 : fosse 1 de La Clarence à DIVION (Groupe d’AUCHEL), 10 morts
La fosse 1 de la Clarence avant sa rénovation en 1950 |
Samedi 19 juin 1954, c’est la fête à La Clarence (c’est le quartier haut de DIVION). Les manèges ont envahi la place des Frères Viseur à côté de l’Ecole Curie et de l’église et la journée s’achève tardivement par un grand bal populaire. Au fond de la fosse 1-1 bis voisine, la plus profonde d’Europe (deux puits à -1069 m et - 1186 m) mais aussi l’une des plus grisouteuses, le poste de nuit se termine. Soudain à 4h 15, une violente explosion ébranle la taille Rosalie à - 875 m. Dix mineurs sont tués et il y a deux blessés graves. A cause de l’éboulement, le dernier corps ne sera remonté que le mardi matin. Les funérailles ont lieu le jeudi 24 juin à DIVION. Dans son intervention, Léon DELFOSSE, au nom de la CGT, signale que c’est la cinquième catastrophe due au grisou ou à un coup de poussières dans le Nord/Pas-de-Calais depuis 1948 :
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Avril 1948 : SALLAUMINES, fosse 4 du Groupe d’HENIN-LIETARD, 16 morts,
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Décembre 1948 : AVION, fosse 7 du Groupe de LIEVIN, 7 morts,
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Décembre 1951 : DIVION, fosse 5 du Groupe de BRUAY, 11 morts,
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Août 1952 : LOURCHES, fosse Schneider du Groupe de VALENCIENNES, 9 morts.
Il précise qu’un mineur est tué par jour en moyenne dans les mines françaises et on apprend que dans la nuit qui a précédé les obsèques, il y a encore eu deux morts dans un éboulement à la fosse 5 de DIVION (Groupe de BRUAY) distante d’à peine 2 km à vol d’oiseau de celle de La Clarence.
C’est la seconde catastrophe due au grisou à la fosse 1 après celle qui a fait 79 morts et 23 blessés le 3 septembre 1912, elle venait d’être modernisée en 1951 malgré l’épuisement du gisement en profondeur. Une semaine avant l’explosion, il y a pourtant eu une évacuation des mineurs suite à une accumulation de grisou dans les étages de production mais tout n’a apparemment pas été fait pour évacuer complètement le gaz. La catastrophe du 20 juin 1954 provoque la fermeture de la fosse 1 (deux puits) et de la fosse 2 (un puits d’aérage) le 1er septembre, les 800 personnes qui y travaillaient sont mutées dans les sièges voisins d’AUCHEL et de BRUAY. Le chevalement moderne de la fosse 1 sera remonté à la fosse Sabatier de RAISMES.
De 1901 à 1954, la fosse 1 de La Clarence a produit 6,55 millions de t de charbon (550 t/j au maximum).
Le nouveau chevalement de la fosse 1 remonté à la fosse Sabatier de RAISMES |
Jeudi 21 juin 1962 : fosse 13 d’HULLUCH (Groupe de LENS-LIÉVIN), 6 morts
Fosse 13 de LENS à HULLUCH vers 1950 Photo JM MINOT |
Il est 20h en ce 21 juin, six mineurs (le chef de taille et cinq ouvriers marocains) sont en train de consolider le toit d’une petite taille où on exploite la veine Elisa d’ouverture 1,20 m à -550 m. Soudain, dans un grondement d’enfer, tout s’effondre. Malgré l’arrivée rapide des secours, la progression pour déblayer l’éboulement est très lente mais les sauveteurs ont un contact avec le chef d’équipe. Il faut faire vite car l’eau monte et on sent le gaz. Malheureusement un nouvel éboulement se produit et on n’entend plus aucun signal.
Vers 13h, on atteint les six malheureux qui sont tous décédés. C’étaient des mineurs très jeunes, le plus âgé avait 31 ans et les épouses de deux d’entre eux s’apprêtaient à accoucher. La catastrophe fera finalement 14 orphelins.
Souvenons-nous :
- AHMED Ahmed Ben Jaman
- LHOUSSAIN Ben Rahhou
- GRUSON Michel
- BRAHIM Ben Ahmed
- MOULAY-LHACEN Ben Mohamed
- OUDONGE Brahim
Les obsèques du chef de taille ont lieu à ANNEZIN le lundi 25 juin au matin. Les funérailles de ses cinq collègues se déroulent l’après-midi à LENS en présence de nombreuses personnalités et de 5000 mineurs marocains.
La fosse 13 d’HULLUCH a produit 6,80 millions de t de charbon entre 1908 et 1955, date à laquelle elle a été concentrée sur le siège 18 de LENS distant de quelques centaines de mètres. 400 mineurs y travaillaient au moment du drame.
Le siège 18 sur lequel étaient concentrées les fosses 6, 7, 13 de LENS, les fosses 3 et 4 de MEURCHIN et les fosses 3 et 8 de BÉTHUNE a produit 9,86 millions de t de charbon (3000 t/j au maximum) entre 1955 et 1978.
Siège 18 de LENS à HULLUCH en 1974 |
Mercredi 17 juin 1964 : fosse 5 d’AUCHEL (Groupe d’AUCHEL), 5 morts
Très belle photo aérienne de la fosse 5 vers 1950 : le 5 ter est à gauche, les 5 et 5 bis au centre, le début de la Cité 5 en bas, l’hôpital Ste Barbe au centre derrière les arbres et les Grands Bureaux en haut à droite à proximité de la Cité 3. |
Il est 22h 15, au 5 ter d’AUCHEL, 27 mineurs entament leur descente pour le poste de nuit. La cage doit les amener à 8m/s aux étages de production à -420m et -534 m. Depuis quelque temps, les hommes savent que, juste avant d’arriver à destination, vers -400m, celle-ci est légèrement secouée car les guides du puits sont un peu abimés à cet endroit ; on ne répare pas car il est prévu que la fosse ferme dans quelques semaines. En ce 17 juin, le choc est plus violent que d’habitude et les portillons de sécurité en acier perforé de la cage qui protègent les hommes sortent de leurs gongs provoquant la chute brutale de cinq d’entre eux dans le vide sans que leurs camarades s’en aperçoivent du fait de l’obscurité. On retrouve leurs corps meurtris au fond du puits. Cette catastrophe unique en son genre n’est donc pas due à la fatalité. Les cinq malheureux mineurs n’ont pas droit à des funérailles collectives, comme il est de coutume en pareil cas (peut-être pour éviter les manifestations…), mais à des obsèques simultanées à AUCHEL, MARLES LES MINES et CALONNE-RICOUART ; ils laissent 14 orphelins.
Entre 1876 et 1963 (concentration sur le siège 2 de MARLES LES MINES), la fosse 5 qui employait près de 1000 personnes vers 1950 a produit 37,47 millions de t (1580 t/j au maximum) de charbons flénus d’excellente qualité (brillants, lisses, peu friables, idéaux pour le chauffage domestique en convecteur ou en chaudière car ils font très peu de cendres mais pas pour la fabrication du coke).
Les puits 5 et 5 bis ont été remblayés entre 1967 et 1969 et le puits 5 ter (réparé…) a encore servi quelques années pour la descente des hommes et du matériel ainsi que pour l’aérage du Siège 2 de MARLES LES MINES.
Jeudi 21 juin 2001 : Freyming-Merlebach, 1 mort, père de trois enfants
Article et photos Républicain Lorrain, col APPHIM
Georges TYRAKOWSKI / Jean-Louis HUOT pour l'APPHIM