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Fosse Lemay

A l'époque, je travaillais dans la taille rabot, la première semi mécanisée de la fosse Lemay. Un rabot muni par deux moteurs puissants un en haut de la taille et un en bas entaillait la veine de charbon à sa base. Elle avait une puissance (hauteur) d'un mètre vingt. Une belle veine. Nous étions chargés de boiser des étançons (pièces cylindriques emboitées, coulissantes) pour soutenir le toit et ainsi nous protéger. Boiser, devant, foudroyer derrière reste notre quotidien. Je pouvais en boiser et en foudroyer environ soixante par poste. Un travail au rendement bien énuméré, fatiguant certes, mais jamais, il était totalement identique. En fait cela me plaisait bien, de plus je me forgeais des sacrés muscles. La poussière n'était pas présente, du moins visuellement. Pourtant parfois la veine se montre réticente. Un relais de terrain réduit sa puissance jusqu'à quarante centimètres. Bien sûr cela tombe sur moi. Une galère pour boiser en sécurité je devais descendre à plat ventre et terminer le travail sur le dos, je ne pouvais me retourner sur place. La ridelle du convoyeur blindé (chargé d'évacuer le charbon abattu) touchait le toit (plafond), c’est dire. Une fois, un des pousseurs du convoyeur blindé alimenté par eau sous pression fuyait plus haut. Par le pendage de la veine, l'eau s'écoulait et entrait par le col de ma chemise et terminait sa course dans mes bottes. C'était chiant. Je demandais au porion de faire réparer. Mais au bout de quelques postes ce n'est pas fait. Je décide alors de me porter pâle. Au toubib je lui explique. Il m'arrête quinze jours. Je ne suis pas un tireur au flan, mais l'agent de maitrise en ne faisant pas son travail m'obligea à réagir de la sorte. Il ne m'en voulu pas lorsque je repris mon travail. La veine avait repris sa puissance normale.

Toujours au même endroit nous avions chacun dix bacs de un mètre cinquante chacun à notre charge. Au-dessus, Hamed un Marocain, j'arrivais au bout de mon parcours et m'aperçois qu'il reste un étançon à foudroyer. Aussi loin que pouvait porter la puissance de mon phare frontal, la roche reste comme en suspens. Je vais voir Hamed et lui demande de finir son travail, il soutient que c'est à moi de le foudroyer. Septique, je veux bien faire ce travail. Comme d'hab j'accroche une chaine à l'étançon, il n'y avait presque pas de pente, mais il est plus facile et recommandé de le récupérer en toute sécurité ainsi. Avec ma masse de trente centimètre de manche, je frappe sur les clavettes (elles maintiennent par force les deux éléments cylindriques) fermement. Auparavant je désolidarise la plume (barre d'acier de quinze kilos) environ fixée au toit. La deuxième clavette déclenche un coup de tonnerre. Le rocher avait "parlé". L'étançon par contre ne bouge pas d'un pouce. Là je commence à m'inquiéter sérieux. D'autant plus que c'était le dernier étançon de la ligne (parallèle au convoyeur blindé). Je rallonge la chaîne de récupération, prends mon pic et frappe une dernière fois mais cette fois sur la base de l'étançon. Sans avertissement aucun, tombe d'un coup plusieurs milliers de tonnes de roche compacte dans un fracas que je ne peux définir. Je suis projeté par l'effet de souffle sur les ridelles de protection du convoyeur. Je suis tout tremblant. Mon père me disait "si un jour tu as une grande peur, tu vas uriner de suite sinon tu attraperas des boutons" ce que je fis. Le porion arrive en courant ou presque en m'appelant par mon prénom. Mais à par la peur je suis entier. Nous approchons du mur formé par la chute. Toute la taille est en sécurité maintenant, avec notre lampe frontale nous ne pouvons voir la hauteur du rocher qui a failli m'écrabouiller. Dans notre jargon on appela cela une cathédrale, c'est dire la hauteur que pouvait faire cet amas compact de roche. Je peux dire que je l'avais échappé belle, heureusement la taille bien boisée a tenu le coup. En cas d'un mauvais boisage le rocher coucherait tout l'ensemble en ensevelissant matériels et Mineurs. Je ne raconterai pas cette histoire à mes parents je ne voulais pas qu'ils se soucient. A part ces deux incidents majeurs je n'avais pas peur de redescendre, pas cette sorte d'insouciance, mais pas non plus par fatalisme, juste un accident de "parcours". Presque pour me récompenser, le porion me changea de place pour le débroussage tout en bas de taille. Ma mission abattre le charbon en avant du moteur afin de lui laisser de la place pour son ancrage, avant de relancer le rabot cet outil denté de quarante centimètres de hauteur, entraîné par deux chaînes au fort maillage. Je me sers du marteau piqueur, retrouvant ces sensations de puissance sur le charbon, sensation que j'appréciais beaucoup.

Puis je retournerai comme boiseur. C'est à ce dernier endroit que le directeur de la mine en visite mensuelle, me dit "Monsieur Mongaudon, il conaissait tous les Mineurs par leur nom, vous allez bientôt partir à l'armée, à votre retour je vous réserve une place à l'école des agents de maîtrise". J'en fus flatté, mon orgueil sûrement. Je n'en parle pas non plus à mes parents. Je choisis pourtant une autre voie, celle de l’armée puis de la Gendarmerie.

De la taille rabot et rétroactivement, des dépilages piqueurs d'une puissance de veine de trois mètres cinquante au marteau piqueur, jusqu'au dépilage buqués à l'explosif, je ne peux oublier.

Comme tous les autres postes où je fus affecté. Ainsi à la mine je peux dire que je savais tout faire, sauf comme bowetteur un endroit où mon père laissa sa santé en y travaillant durant plus de vingt-trois ans.

Je raconte dans mes livres A la lueur de nos lampes ces labeurs. Pourtant il faut que je dise que ce travail astreignant, dangereux je ne regrette pas de l’avoir réalisé, nous l'aimions, enfin je parle pour moi. Mais si mes livres auront eu cet engouement, c'est la preuve que la nostalgie de ce métier reste imprégnée en nous, que nous l'emporterons dans la tombe sans l’avoir jamais dénigrer. Il ne faut pas cracher dans la soupe, la mine nous a apporter beaucoup, en mettant le côté pécuniaire à part. La mine nous aura appris beaucoup, la solidarité le respect des autres, l'amour du travail, le soutien, j'en passe et des meilleures. Comme tous ces métiers difficiles, pêcheurs, verriers, métallurgistes, et bien d'autres tous ont ancrés dans notre esprit ces bons moments où nous avions du travail et pouvions fonder une famille. Le but de toute vie sur terre, avoir des enfants.

Récit Jean-Pierre Mongaudon A la lueur de nos lampes


Date de création : 14/01/2015 @ 15:16
Catégorie : Livres, récits, témoignages... - Récits-Mineurs-Jean-Pierre Mongaudon
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