Ma grand-mère, fille du textile

Ma grand-mère, fille du textile

4h30… Début d’une journée qui s’annonçait chargée pour cette jeune fille de 14 ans, ouvrière en filature chez MASUREL à Tourcoing. A peine deux ou trois mois se sont écoulés depuis l’obtention du certificat d’étude, que Cécilia se retrouvait à travailler tôt du matin dans les continus à filer, ces machines qui vont filer le coton pour transformer la bobine de banc à broches en fil de coton.

A ces métiers, pourtant marqués par la poussière et le bruit en continu, contrastaient les discussions et les chants insouciants de ces jeunes filles qui emplissaient les bus destinés à leur transport.

C’est non loin de la Fosse BERNARD, à l’usine des Textiles de Douai à Frais Marais, que Cécilia prit du service à l’aube de ses 18 ans, âge auquel elle rencontra ce mineur en provenance de Hongrie, Tibor TOTH, avec qui s’en suivra un mariage et la naissance de deux adorables garçons.

Bien assez vite, et sous la volonté de Tibor, Cécilia dut cesser toute activité professionnelle afin de pouvoir pleinement se consacrer au foyer et au bien-être de ses occupants, le sien, celui de son mari et de ses deux fils. Un arrière-goût de déjà vu pour cette jeune femme- pourtant préparée, une partie de son enfance et de sa jeunesse, aux tâches ménagères du foyer familial.

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Cécilia, tout à droite, en famille au temps de la mine

C’est donc au rythme des montées et descentes au fond, de la préparation des repas calculés à la minute pour être servis à l’heure, de la rentrée du charbon à la brouette, parfois avec l’aide de ses fils, et de tant d’autres tâches destinées à correctement entretenir le foyer, que Cécilia devenait progressivement, une femme de mineur.

A la dureté du labeur quotidien contrastaient les moments de détente et les premières « vraies vacances » à la Napoule, la première fois en train, la seconde en avion où Cécilia, d’ordinaire si active et débordée, n’avait rien à faire, ni à manger, pas même son lit qu’une femme de ménage se chargeait de mettre au carré chaque matin.

Malgré la blessure au pied de son fils ayant malencontreusement marché sur un oursin et les appels incessants des haut-parleurs demandant la famille TOTH, constamment en retard pour presque tout et n’importe quoi, il n’empêche qu’il s’agissait là pour Cécilia de ses plus belles vacances.

A 88 ans, c’est donc sans regret ni nostalgie aucune de cette époque aujourd’hui révolue que ma grand-mère me livre ces quelques pans de son passé où, disait-elle, « l’on n’était pas plus malheureux… ».

Cécilia en 2020 avec une de ses arrières petites-filles

Des souvenirs enfouis qui, pour la plupart, peinent à faire surface.

« C’était notre façon de vivre »… La vie de ces femmes de l’industrie, du textile, de ces femmes à la mine, de ces femmes de mineur.

Mathias TOTH d’après les propos de Cécilia TOTH, femme de Mineur

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Date de création : 11/08/2023 14:37
Catégorie : Livres, récits, témoignages... - Récits-Enfants de mineurs
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