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L'école des filles de la cité 9

A l’école des filles de la cité 9 de Lens

Maman vient de me placer sur le siège enfant en fer, posé sur le porte-bagages arrière de son vélo. Elle prend soin de placer mes pieds dans les emplacements prévus et me recommande de ne pas bouger. Coiffée d’un bonnet bleu noué autour du cou comme une écharpe, je chantonne Toi, ma petite folie de Line Renaud. J’ai six ans et je suis heureuse d’aller à l’école. Mon institutrice, Mlle Grivillère, est rousse comme moi. Des élèves pensent que je suis sa fille. Même pas !

Pendant la récréation, je reste postée derrière la barrière en bois à guetter ma sœur aînée, Nadine, qui joue dans la cour des grands. Des vélos à trois roues, cyclorameurs ou voitures à pédales nous sont proposés sous le préau. C’est bien mieux que de jouer dans le bac à sable ! Dans la salle de classe, parfois Mlle Grivillère mitonne une soupe aux légumes sur le poêle au charbon planté au milieu. C’est un délice.

L’école maternelle est mixte.  Pour la fête de fin d’année, mon cavalier se prénomme Omer. Nous sommes au premier rang, objectif : danser !

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Ecole de la cité 9 en 2020

J’ai dix ans, je viens de rentrer à l’école élémentaire, l’école des filles. Tous, nous faisons la route à pied avec ma sœur Nadine, notre voisine, Jeanne Marie, et mon frère Christian. Nadine, plus âgée de deux ans, dirige la marche. Nous suivons son allure sous peine de représailles autoritaires. Au passage d’autres camarades nous rejoignent dans les rues Montaigne ou Regnard. Le groupe s’étoffe. Sur le trottoir de la rue Molière, nous prenons soin de ne pas passer trop près des habitations ; il arrive qu’un volet s’ouvre brusquement. Comme il y a très peu de voitures, nous marchons de préférence sur la chaussée. Le groupe ralentit au niveau de la place Saint Theodore, là, où la voie ferrée passe sur un pont, au-dessus de l’avenue des Lilas. Nous sommes curieux d’un éventuel attroupement. C’est un endroit stratégique pour les candidats au suicide. Les filles du groupe suivent des cours d’enseignement ménager, mon frère Christian a une longue route à faire pour rejoindre l’école Paul Bert, presque en centre-ville.

J’ai douze ans. Mes copines viennent de passer leur certificat d’études. Elles défilent dans les rues, bras dessus, bras dessous, une cocarde tricolore accrochée sur la poitrine.

Au certificat d’études, Monsieur l’inspecteur a dit,

Vous méritez votre papier, votre papier, votre papier

Vous méritez votre papier, vous avez bien travaillé

Zim boum tralalala… chantent-elles.

Parmi les filles de mon année de naissance, trois seulement, poursuivront leurs études.

Les mouvements d’ensemble ou lendits

Mouvement d'ensemble au stade Bollaert lors de la visite de Vincent Auriol

Chaque année, des mouvements d’ensemble sont organisés dans les écoles de Lens. Les répétitions gymniques s’effectuent dans la cour de l’école ou dans le préau. Mais le grand jour, c’est en juin, quand, tous, nous défilons dans les rues depuis notre école jusque dans le stade Bollaert. Les exhibitions en tenue blanche font la joie des parents rassemblés dans les tribunes.

Je me souviens, c’est Monsieur Vermesch, responsable des activités sportives à la ville qui coordonne ces manifestations.  Il parle avec les bras !

En 1962, ma classe interprètera une danse tyrolienne sur un podium posé au centre de la pelouse. Ecole de filles oblige, mon tyrolien, c’est Annick ! Il y a aussi Anne Marie, Marie Pierre, Geneviève, Gilberte, Marie Denise, Louise. Nos jupes de satin jaune sont du plus bel effet au soleil.

La seconde partie du spectacle est consacré aux épreuves d’athlétisme. Les garçons portent les couleurs de l’U.S.O.L, l’Union Sportive Ouvrière de Lens. Mon frère Christian est fort en saut en hauteur mais il y a de la concurrence !

Les festivités terminées, nous nous arrêtons devant la charrette du marchand de glace tirée par un cheval. Un parfum sous une cloche en inox, un autre sous l’autre cloche. La vendeuse remplit mon cornet avec une large spatule, tasse un peu la glace et me le tend. Nous irons les déguster, assis sur un banc, devant le terrain de tennis en terre rouge du jardin public. La glace fond parfois trop vite, j’en ai plein les doigts. Je me lèche les babines, on éclate de rire. C’est le début des grandes vacances. L’école reprendra vers le 20 septembre !

Annick Milbrandt, fille de Mineur


Date de création : 28/12/2020 @ 12:23
Catégorie : Livres, récits, témoignages... - Récits-Enfants de mineurs
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par Pajakowski_fille_de_ le 28/12/2020 @ 14:56

smileMerci pour tant de souvenirs de l’école Marie Curie où je suis allée du ce1  en 1963 jusqu’au cm2 de bons moments comme les mouvements d ensembles moi j habitais Place  Stael .