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Ma cité a bien changé

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Ma cité a bien changé

Le musée du Louvre vient d’ouvrir ses portes. Les touristes affluent de France et d’ailleurs.

« Si ce n’est le climat, rude et pluvieux, il est beau le bassin minier, et les gens ! quel accueil chaleureux ! » Voilà leurs paroles.

Le musée a pris la place du puits de la fosse 9 où a travaillé mon père et de nombreux autres mineurs de diverses nationalités.

J’ai grandi dans cette cité.

Il y a soixante ans, la cité de la fosse 9 n’avait pas le même aspect.

Une photo prise en 1950, me rappelle mon enfance.

citeannick01.jpg

A l’horizon, sur la photo, se dessinent plusieurs terrils pointus et la grande tour carrée du 11 /19 à Loos en Gohelle n’existe pas. Les terrils sont noirs. De la fumée s’en échappe sur les flancs. La neige ne tient pas sur le charbon qui n’est pas tout à fait froid.

Les roues dans les chevalets font entendre leurs ronronnements à distance.

Les terrils dégagent une fine poussière noire. Chaque jour, les poussières doivent être faites sur les meubles dans les maisons.

Une voisine sicilienne a abandonné ses vêtements blancs. Dans mon pays, dit- elle, on s’habille tous en blanc. Il n’y a pas cette poussière de charbon.

Nous revenons, les vêtements, les pieds et les chaussures noircis lorsque nous allons jouer dans les terrils. Il faut retourner les chaussettes pleines de gravillons. Difficile de cacher d’où l’on vient ! Ces endroits sont dangereux, des affaissements peuvent se produire à tout moment. L’accès est interdit.

Certaines chaussées de la cité 9 sont constituées de briques rouges comme les maisons.  Les rues Pascal, Montaigne, Chateaubriand …. sont bordée d’arbres.

Des barrières en bois séparent les jardins et maisons les unes des autres.

La cité 9 est jolie.

Les maisons en briques rouges, sont pimpantes avec leurs portes et volets de couleurs vives alternativement jaune et vert ou régulièrement rouge bordeaux, selon les rues.

Elles sont entretenues par les Services Techniques des Houillères.

Après leur dur travail à la mine, les hommes prennent plaisir à jardiner.

Notre jardin, comme beaucoup d’autres, est abondement fleuri.

Les potagers occupent toute la surface du grand terrain.

Quelques arbres fruitiers y trouvent leur place.

Les caniveaux sont propres. Le garde des mines s’en assure et réprimande les ménagères négligentes.

Depuis l’église du 9, les enterrements empruntent la rue Pascal verdoyante jusqu’au cimetière.

Monsieur le curé est en tête. Des chevaux tirent le corbillard drapé de noir. En sortant de l’école, il nous arrive de suivre le cortège à distance. Nous connaissons souvent la famille du défunt et guettons la présence d’un camarade. Les hommes ont revêtu le costume du dimanche. Les femmes toutes de noir vêtues, arborent un chapeau dont le long voile de crêpe noir cache le visage. La marche est lente et silencieuse, quelques sanglots parviennent à nos oreilles.

De petites places, Staël et Regnard, sont, au croisement de rues, les terrains de jeux des enfants.

La rue Beaumarchais, où j’habite, est en terre.

Cette rue longe en partie le « puisard » (on dit le pizeur), un ruisseau attenant à un vaste espace vert, rectangulaire, à la végétation sauvage, entouré de peupliers.

Pour y accéder, nous devons aller jusqu’ au croisement avec la rue Chateaubriand, où un pont franchit le cours d’eau.

Nous avons plus vite fait de sauter d’une rive à l’autre. Malheureusement, on n’y arrive pas à tous les coups, c’est large !

On  est  tous tombés dans ce réservoir à têtards et autres bestioles. Ma mère a soigneusement retiré des longs cheveux de ma sœur Nadine, un à un, les petits vers rouges et autres larves lorsqu’elle est rentrée, toute dégoulinante d’eau en pleurant.

Les parents nous interdisent de piétiner dans cette eau. Celle-ci, petit affluant ou dérivation de la rivière La Souchez, passerait par les puits de mines en amont (3 de Lens) où les mineurs se laveraient.

Difficile d’obéir lorsque les têtards et les tritons  montrent leur nez.

Au puisard, mon frère grimpe en haut des peupliers. Il fabrique des arcs a flèches, et sculpte des morceaux de bois. Il m’emmène un jour  pour me montrer la cachette de son trésor (un sac de billes) enfoui dans un coin secret. Nous y jouons aux cow-boys et aux indiens, avec les camarades de la rue.

Quelques terrains sont encore occupés par des familles de fermiers. Nous achetons le lait et le beurre demi-sel à la ferme de la rue Paul Bert. Une vache est dessinée en relief sur la motte de beurre. Ma mère passe délicatement le couteau sous le dessin et étale le beurre sur les tartines de mon frère et ma sœur, à tour de rôle. Je préfère les tartines de saindoux. (Croisure de lard fondue à la cuisson du four et qui couvre la surface des pâtés maison)

Au fond du jardin de ma grand-mère, rue de la tour d’Auvergne, nous aimons nous assoir en regardant le troupeau. Le fermier le rentre le soir pour la traite et nous le suivons. Quel spectacle que de voir la fermière tirer énergiquement sur les pis. Elle donne parfois des coups de poings dans la mamelle. Le sceau se remplit vite. Nous attendons patiemment, émerveillés à chaque fois du geste ferme et efficace en attendant la friandise finale, le fond verre de lait tout chaud !

Deux lignes de chemin de fer traversent la cité 9.

La première est une ligne SNCF. Elle relie la gare de Lens à La Bassée et Dunkerque barrière.

La deuxième ligne appartient aux Houillères et dessert toutes les mines. Les wagons  transportent le charbon. Ils viennent du 3 de Lens et se dirigent vers la gare Ste Elisabeth. Le garde barrière descend la barrière à l’aide d’une manivelle à l’annonce d’un train.

La végétation autour des voies ferrées reste sauvage.

Pas éclairés, les ponts de la rue Paul Bert et du pont noir (entre la cité 9 et Liévin) sont lugubres le soir et on accélère le pas à cet endroit, pas rassurés.

Pourtant, bien que nous nous déplacions à pied ou en vélo, il ne nous est jamais rien arrivé.

 

Au fil des années, le paysage a changé. Dans les années 65-70

Les travaux de rénovation ont commencé avec l’installation du tout à l’égout.

Les rues sont élargies au détriment des arbres et les trottoirs sont goudronnés, le ruisseau  passe dans de gros tuyaux.

Le puisard est aménagé en stade « Georges Carpentier ». Il est toujours entouré des grands peupliers.

Le gardien, logé sur place en interdit l’accès. On ne peut plus y jouer.

De nouvelles fenêtres et de nouvelles portes de maison remplacent les anciennes, un peu pourries.

De petites barrières en ciment séparent à présent les habitations.

Des salles de bain sont construites, accolées aux maisons.

Les grands jardins ont diminué de superficie et de petites maisons basses de retraités apparaissent à cet endroit.

Les constructions de garages empiètent les potagers

Les voitures automobiles se garent sur les places, elles aussi privées de leur végétation.

Quelques lotissements ont envahi les pâtures.

Les voies ferrées minières n’existent plus, le pont de la rue Paul Bert et le pont Noir sont détruits.

Des routes et chemins piétonniers ont remplacé la voie ferrée des mines.

Une allée se dirige vers le centre-ville de Liévin via l’emplacement du pont noir. Une autre allée se dirige vers le stade Bollaert, une voie verdoyante et une autre toute aussi agréable se dirige vers le pont Césarine et le centre-ville de Lens

 Ce sont maintenant les belles voies d’accès au musée du Louvre

Seul le cimetière de la cité de la fosse 9 a conservé son aspect.

Annick Milbrandt, fille de mineur


Date de création : 14/05/2019 @ 09:11
Catégorie : Livres, récits, témoignages... - Récits-Enfants de mineurs
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