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Coup de terrain

N.S.L le 05/02/2013

Coup de terrain

             

                 Depuis le démarrage de la taille, dans la veine Louise à la fosse 6 de Fouquières lez Lens, il y a plus de 10 jours, le foudroyage n’est pas encore venu, rien ne tombe du toit à part quelques plaquettes.

               On peut encore voir les quadrillages du montage, à bientôt 30 m, cela n’est pas normal, on a bien essayé de faire tomber le toit, en le fracturant par des tirs de mines, rien n’y fait.

               C’est dangereux, il y a un poids énorme au dessus de nos têtes, cela inquiète, on a reçu l’ordre de renforcer le soutènement, par des piles de bois de chêne équarris, une tous les 3 m.

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                Quand on tape sur les clavettes des grands étançons, de 2,50 à 3,00 m, ça résonne et il faut redoubler d’effort pour y arriver, c’est signe de forte pression.

                Soudain vers 11h00, c’est le tonnerre, l’orage, le bombardement, les piles se ratatinent, des éboulements se produisent côté veines, des étançons se cassent ou plient, il y a une poussière intense, on fuit où l’on peut.

                Je me retrouve blotti dans la niche supérieure de la taille avec un copain, on a remonté les 50 m en un temps record, passant miraculeusement au travers de ce fatras, on ne voit personne d’autre, au bout d’un moment, le calme revient, mais on n’ose pas bouger.

                 Quelques temps plus tard on attend crier nos noms et des lampes viennent vers nous par la voie de tête, on répond et bientôt apparaît le chef de taille et 2 autres ouvriers.

                  Ils nous expliquent que le coup de terrain a fait bouger tout le quartier et que l’on ne pourra plus produire dans cette taille pendant quelques temps.

                  En effet d’après ce que l’on peut voir avec le faisceau de notre lampe à chapeau, qui porte sur une dizaine de mètres, dans la taille le toit côté soutènement a baissé de près de 0,50 m.

De nombreux éléments du soutènement, sont cassés, pliés, tordus, il y a une fracture dans le toit de plus d’un mètre de large et sur quelques mètres de haut.  

                   Le charbon a recouvert le blindé et il y a un découvert de 2 à 3 m. On n’ose pas récupérer notre veste et notre musette. Le chef de taille nous dit de repartir pour la remonte et l’on peut constater que les cadres de la voie sont déformés alors que d’ordinaire on passait debout. Mais là, l faut se plier.

                    Le lendemain, le porion nous expliqua que le banc de cueurelle (grés très dur) qui se trouvait au toit de Louise s’est détaché est tombé d’un seul bloc sur toute la longueur de la taille depuis le départ du montage.

                    Heureusement à part quelques blessés légers, il n’y a pas eu de tués, mais il a fallu 3 semaines de travaux pour redémarrer cette taille.

                    Il s’est encore produit d’autres coups de terrain, mais pas de cette importance car peu à peu le soutènement marchant a remplacé les étançons, munis de 4 vérins hydrauliques tarés à 250 bars, Ils amortissaient mieux ces coups de terrain.

                    Cependant d’autres éboulements eurent lieu, dans les grandes veines, le charbon tombait en avant du soutènement, le terrain n’étant plus soutenu, tombait, sur plusieurs mètres de long et parfois, assez haut,

                    Il fallait donc rétablir un nouveau toit, car pour ravancer le soutènement marchant, il est nécessaire que les vérins soient serrés entre les épontes.

                   On amenait des linteaux métalliques en fer U de 29 kg, longs de 2,00 m et des traverses de chemin de fer, en bois, de 0,90 à 1,20 m.

                   Ces linteaux étaient emboîtés l’un dans l’autre sur 0.40 m et serrés par 2 étriers. Selon l’intervalle entre le chapeau et le toit non éboulé, parfois 3 à 4 mètres ou plus, il en fallait plusieurs que l’on soutenait ensuite à leur extrémité par un étançon.

                   On confectionnait alors des quadrillages au dessus de ces linteaux, avec des anciennes traverses de chemin de fer de 0.50 à 0.90 m.

                    C’était très pénible et dangereux car à tous moments des chutes de pierres pouvaient survenir et rien nous ne protégeait

                    Selon l’importance des éboulements ces travaux duraient parfois plusieurs heures. Lorsque le blindé était bloqué, ces matériaux étaient amenés à la main dans la taille, En plus les ouvriers n’étaient pas contents, ils perdaient de l’argent, car travaillant à la tâche. Ils renâclaient parfois.              

                                                                                                             

                                                                                            Julien Lehut, ancien Mineur


Date de création : 22/04/2020 @ 16:37
Catégorie : - Récits-Mineurs
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