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BOURSIER DES MINES

Etre ‘’boursier des Mines’’ se méritait ! Un examen sérieux, réservé aux fils de mineurs, était programmé une journée complète en octobre au début de l’année de CM2 et seuls les meilleurs élèves pouvaient y participer. C’était en fait un concours exclusivement réservé aux garçons !

Je me souviens avoir planché à AUCHEL dans un grand local situé à côté de l’actuel Musée de la Mine et qui sert aujourd’hui de salle de tennis de table. Il est situé sur le Boulevard de la Paix, c’est le bâtiment qui a un toit en pente juste derrière l’école Chateaubriand ; j’y passe toutes les semaines quand je vais chez Maman à MARLES LES MINES et à chaque fois, j’ai un petit pincement au cœur quand je repense à ce concours passé en 1962.

Petit retour en arrière : ’’Je sor tou just de la clace de huitième, le CM 1 au jour dui. Tout les kamarates qui son la on étaient sélectionnez par leur instituteurs dans toute les ècoles du Groupe d’AUCHEL-BRUAY, iI n’ai pas question de décevoire nos mètres ! ‘’

C’est pour rire ! Un bon élève de CM2 de 1962 ne fait aucune faute dans ce genre de phrase, je recommence : ’’Je sors tout juste de la classe de huitième, le CM1 aujourd’hui. Tous les camarades qui sont là ont été sélectionnés par leurs instituteurs dans toutes les écoles du Groupe d’AUCHEL-BRUAY, il n’est pas question de décevoir nos maîtres !’’

Nous sommes des gamins de neuf ou dix ans à peine, tous des "têtes de classe" ; c’est notre premier examen, le cœur bat très fort dans la poitrine. Il y a trois épreuves : le calcul, la dictée et ses questions, sans oublier le compte rendu de lecture. On entend les mouches voler dans la salle, nous sommes surveillés par des vieux messieurs qui ont l’air méchants car ils n’arrêtent pas de nous rappeler des règlements au micro. Si j’ai envie de faire pipi, je devrai attendre la fin de l’épreuve. Si je veux du brouillon, je dois lever le doigt. Au signal de fin d’épreuve, je dois poser mon porte-plume. L’heure est grave… Les épreuves sont plus difficiles que celles de nos compositions en classe où on a toujours de très bonnes notes sans forcer, il y a partout des pièges dans lesquels il faut essayer de ne pas tomber ! A la fin de la journée, nous sortons tous avec des bouilles tout écarlates !

Moins d’un candidat sur dix sera reçu. J’ai eu cette chance ! Je termine très bien classé sur quelques centaines de présents au niveau national et je deviens boursier des Mines. La bourse est reconduite chaque année à une condition : celle de ne pas redoubler et d’avoir de très bons résultats. Ah, je peux vous dire que ça motive ! De la sixième jusqu’à la fin de mon parcours universitaire, j’ai fait un sans faute. Ouf ! Mes parents touchaient chaque trimestre une somme supérieure à celle de la bourse nationale dont je bénéficiais également, ça aide !

Ce coup double était le résultat du faible salaire de mon père mineur de fond. Ce que je ne savais pas, c’est que les boursiers des Mines étaient liés aux Charbonnages de France pour une durée de dix ans après la fin de leurs études. Papa avait oublié de me le dire ou bien il ne le savait pas car il a certainement signé les papiers sans lire ni comprendre ce qui était écrit ! Des sous oui, du blablabla non !

Le 29 novembre 1972, je fus invité avec d’autres étudiants méritants à un repas "quatre étoiles" dans les locaux des Grands Bureaux à DOUAI. Ce jour-là, les "cadors" (directeurs des services ou ingénieurs divisionnaires) qui nous ont reçus nous ont appris que nous étions libres car, à cause de la récession, nous n’allions pas être embauchés. La belle nouvelle ! Après renseignement, j’ai compris que si j’avais refusé de travailler pour Charbonnages de France à la fin de mes études, j’aurais dû rembourser le montant de dix années de bourse… Je l’ai donc échappé belle !

Quarante-trois ans plus tard, je termine ma carrière d’enseignant (professeur de sciences physiques). J’ai retrouvé par hasard à LEWARDE quelques épreuves de ce concours de Bourse des Mines et j’ai fait les exercices de calcul. C’est incroyable ce qu’on demandait à des gamins de 10 ans à l’époque ! J’ai proposé ces exercices de calcul à mes étudiants qui préparent un BTS scientifique (bac + 2), ils ont tous "séché lamentablement" ! Ne riez pas, essayez de les faire sans calculatrice et de rédiger les solutions en 1h 15, bon courage ! Quant à la dictée, mes étudiants habitués aux SMS en abrégé ou en charabia auraient tous fait plus de vingt fautes…

ÉPREUVE DE CALCUL 1961, DURÉE : 1h 15

1er problème

Une briqueterie fabrique des briques dont les dimensions sont : 22 cm x 12 cm x 6 cm. Elle utilise de l’argile dont la densité est 2,5.

  1. Combien fabrique-t-elle de briques par tonne d’argile sachant qu’au pétrissage, le volume de l’argile augmente de 4 % mais qu’ensuite à la cuisson, celui-ci diminue de 1% ?

  2. Quel poids d’argile faudrait-il pour fabriquer 1950 briques ?

2ème problème

Une personne possède une certaine somme  : elle voudrait acheter une maison qui vaut 4/5 de cette somme et un garage qui vaut 1/4 de cette somme.

  1. A-t-elle assez d’argent ? Pourquoi ?

  2. Elle n’achète que la maison et place le reste de son argent au taux de 6 %. Le capital produit en trois mois un intérêt de 2700 F. Quelle est la somme placée ?

DICTÉE 1961

Le nid de chardonnerets

Il y avait sur une branche fourchue de notre cerisier un nid de chardonnerets joli à voir, rond, parfait, tout crins au dehors, tout duvet au-dedans et quatre petits venaient d’y éclore. Je dis à mon père :

  • J’ai presque envie de les prendre pour les élever !

Mon père m’avait expliqué souvent que c’était un crime de mettre les oiseaux en cage mais cette fois, las sans doute de toujours répéter la même chose, il ne trouvera rien à me répondre. Quelques jours après, je lui dis :

  • Si tu veux, ce sera facile. Je placerai d’abord le nid dans une cage, j’attacherai celle-ci au cerisier et la mère nourrira les petits par les barreaux jusqu’à ce qu’ils n’aient plus besoin d’elle.

Mon père ne me dit pas ce qu’il pensait de ce moyen. C’est pourquoi j’installai le nid dans une cage sur le cerisier et ce que j’avais prévu arriva. Les vieux chardonnerets, sans hésiter, apportèrent aux petits des pleins becs de chenilles. Et mon père observait de loin, amusé comme moi, leur va-et-vient fleuri, leur vol teint de rouge et de jaune soufre.

Je dis un soir :

  • Les petits sont assez drus. S’ils étaient libres, ils s’envoleraient. Qu’ils passent une dernière nuit en famille et demain, je les porterai à la maison, je les pendrai à la fenêtre et je te prie de croire qu’il n’y aura pas beaucoup de chardonnerets au monde mieux soignés.

Mon père ne dit pas le contraire. Le lendemain, je trouvai la cage vide ; mon père était témoin de ma stupeur.

  • Je ne suis pas curieux, dis-je, mais je voudrais bien connaître l’imbécile qui a ouvert la porte de cette cage !

Jules RENARD

boursier01.jpg

Concours de Bourse des Mines dans les années 60 : on écrit au porte-plumes et on s’applique !

Photo : Bruits et Lumières (Groupe Auchel-Bruay)

Georges TYRAKOWSKI


Date de création : 28/01/2016 @ 15:43
Catégorie : Livres, récits, témoignages... - Récits-Enfants de mineurs
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