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Le dépilage bucqué. Fosse Lemay 1967.

Pour soutirer à la terre le charbon, plusieurs méthodes sont employées selon la puissance de la veine, son inclinaison, sa friabilité, la profondeur de la veine dans la mine et d’autres critères. Ces moyens sont décidés par les ingénieurs, à eux d’imaginer les meilleurs moyens d’exploitations en fonction du rendement. En général les veines des HBNPC sont de faibles puissances avec des pendages différents ce qui implique des modes d’exploitations variés. De la taille piqueurs en général réservée à l’apprentissage, à la taille rabot en passant par les dépilages piqueurs ou bucqués. Ces derniers ont l’avantage d’exploiter une veine plus grande entre deux et trois mètres de puissance. J’en connais une à Lemay, une belle veine exceptionnelle dans le bassin, puisque je vous raconte cette histoire. Le dépilage bucqué consiste à abattre le charbon à l’aide d’explosif généralement appelé cartouche. C’est toujours le boutefeu ( Mineur chargé de toutes les opérations de tir de mine), qui déclenche le feu.

mongaudon38.jpg

HBL Mise en place d'explosifs

Tout le monde, à la fosse, connaît « Mon oncle » C’est un homme intègre  un sacré Mineur dont la réputation n’est plus à faire. Petit « sec » de corps, nerveux avec une pointe de malice dans le regard, il en imposait par son savoir-faire et son calme, son nom Druelle, son prénom je ne connais pas (personne d’ailleurs).

Du poste du matin en ce lundi, je grimpe comme à l’habitude sur le plat une cigarette au bec. La musette à l’épaule, je me dirige vers mon porion de quartier que je salue. Mon oncle, je le connaissais de vu et de notoriété. En me désignant le porion dit, « mon oncle voilà ton ouvrier ». Après le dépilage piqueur je me retrouve au dépilage bucqué, j’aurais fait tous les postes d’abattage depuis mes dix-huit ans de la fosse sauf la taille rabot, cela viendra plus tard. Il me parut étrange que mon nouveau chef porte deux musettes dont une celle en caoutchouc renforcée bien remplie, l’autre en toile comme la mienne.

HBNPC Chargement par trappe

Mon oncle n’est pas bavard, il fait contrôler sa benzine avant la descente (obligatoire), je me demande quand j’en aurais une à arborer à ma ceinture. La lampe benzine dite de sécurité reste l’emblème du Mineur jusqu’à la fermeture des mines en France. La cage nous descend dans nos ténèbres journalières. Arrivé à l’étage 341, nous donnons notre jeton pour la remonte en descendant. Je connais bien cet accrochage, le plus profond de la fosse. Par la bowette nous nous dirigeons vers la voie où se trouve la taille à pieds. Il nous faudra presque une heure pour y arriver.  J’avais appris à ne pas poser de questions jugées souvent d’inutile aussi ce n’est qu’une fois arrivé que je m’aperçus que la musette chargée est remplie d’explosif. Il avait donc le droit d’en transporter, certainement pour soulager le boutefeu qui ne descendra que plus tard. En arrivant Mon oncle jette la musette par terre en voyant mon geste de recul, il me dit « ne craint rien pour le faire exploser il faut obligatoirement une amorce » il ajoute « c’est le boutefeu qui les ramènera. Ainsi séparés il n’y a pas de risque  possible. La cartouche est en fait de la poudre compressée placé dans un tube en plastique marqué de ruban rouge, moi qui pensais à de la dynamite seulement employé pour le creusement des galeries, voies ou bowette.

Après le traditionnel casse-croûte du départ de poste dans la voie, je prends ma hache personnelle que je place à la ceinture et nous montons dans le dépilage.

HBNPC Foration charbon

Au départ ce n’était qu’un montage creusé au piqueur vers la voie supérieure, Bien boisé de bois de sapins. La pente est de trente pour cent environ.  La veine me semble bien grande, avec ses plus de deux mètres de hauteur nous pouvons progresser debout. Sur notre droite les couloirs galvanisés descendent jusque dans la trappe où sera chargé le charbon dans des berlines de 3000 litres (trois Mètre cube), ils n’ont pas l’air d’être démontés souvent. Mon chef porte la musette et ouvre le chemin. Je me demande comment nous allons faire pour extraire le charbon, cette idée me tarabuste un peu. Essoufflés, la voie de départ se situe une centaine de mètre plus bas. Nous arrivons au poste de travail. Des pilots de bois barrent le passage du montage, du côté couloir c’est ouvert, un marteau piqueur, une scie, stocké contre la paroi des forets de un mètre cinquante, des tubes en plastique, un pic et un tas d’argile encore humide. Je commence à comprendre. Je découvrais ce matériel avec un œil nouveau sauf pour les forets. Comme dans tous les montages, des gaillettes traînent des cailloux plus ou moins gros, par habitude je les pousse du pied dans les couloirs. Il y a aussi quelques bois cassés qui serviront à faire des raccourches en fin de poste, remontées au jour elles allumeront le feu à charbon de la maison les temps froids venus. Le suintement de l’air comprimé se fera oublié avec le temps. Le piqueur sans aiguille reste en permanence branché à la grosse nourrice, elle distribue l’air pour notre travail à venir. Tout est bien rangé comme me le fera remarquer « Mon oncle », je comprends que cela veut dire que ce doit être comme cela lorsque nous aurons terminé le poste. Je trouve enfin ce qui manquait aux forets, la perforatrice à air, elle est attachée avec un fil de fer à un bois. Mon oncle accroche la musette d’explosifs et place sa benzine en hauteur pour détecter le grisou éventuel. Je ne peux m’empêcher de le dépasser pour voir ce qu’il y a au-delà des trois pilots. Attention à toi me dit mon chef, derrière je vois aussi loin que ma lampe peut éclairer une immense salle vide, inquiétante, impressionnante par son volume une zone critique où il ne fait pas bien bon de s’aventurer. L’ancien me dit « regarde on dirait une piste de danse ». En fait les pilots nous protègent des chutes intempestives de cailloux ou de blocs de charbon. Il jette un coup de phare aussi et annonce, « je n’aime pas cela », rien ne soutien plus le toit.

Le rouleur et son treuil

La veine séparée d’un listel (couche de terre et de roche) d’une épaisseur de trente centimètres, brille de tous les feux de nos lampes. Il est temps de commencer, il sort alors de sa poche un taillant qu’il fixe au bout d’un foret avec un clou plié puis me demande la perforatrice. Prends une poignée de poussière de charbon et la fait tomber sur la pente au sol, il m’explique alors qu’il faut forer sur cet axe. Deux « forations » seront nécessaires, un à vingt centimètres du daisne (sol) et une autre au-dessus du listel toujours avec le même axe. La perforatrice vrombit, un son aigu emplit les oreilles. Les forets s’enchainent un par un, dix pour chaque trou soit sur une distance de quinze mètres chacun. A chaque fois il faut tirer la machine vers l’arrière et ainsi évacuer le charbon broyé. La première dure plus de trente minutes, la seconde un peu plus de par la difficulté de se trouver en hauteur, là où nous avons moins de force. La poussière colle à nos maillots de corps, nous sommes en sueur. Pour ma part j’eus la mauvaise idée de me placer du côté de l’échappement de la machine, une erreur que je ne ferais plus par la suite. Puis le démontage des forets et la récupération du taillant qui retrouve sa place.

Il reste alors à placer les tubes en plastique qui accueilleront les cartouches, il faut faire vite car les trous risquent de se boucher. Emboités parfaitement ils font la même longueur que les forets facile donc de savoir si l’on est au bout trou. Je prends l’initiative d’aller chercher les cartouches, c’est la première fois que j’en tiens une dans la main, drôle d’impression. Il n’y en aura pas de trop, mon oncle en connaît le nombre exact. Placés dans les tubes ils sont fixés à l’aide d’un morceau de chatterton et évite ainsi qu’elles sortent de leur logement. Il ne reste plus qu’à attendre le boutefeu. Il faut encore préparer l’après tir. Pour cela je dois descendre le couloir, le plus haut placé, dans la voie inférieure, je remonterai pour réinstaller avec mon chef les pilots et assurer notre protection. Le boutefeu monte, à ma grande surprise, c’est mon oncle, le vrai celui-là, Lucien Renard, j’avais oublié qu’il occupait ce poste important. Embrassade, il est autant étonné que moi. Un contrôle rapide et il place les amorces (détonateurs). Nous descendons vers la voie Lucien en dernier. Le déclenchement du tir est rapide avec son petit exploseur électrique, celui-ci remplace le lourd et encombrant appareil mécanique. Les déflagrations sourdes emplissent la voie, la poussière l’envahissent peu de temps après. Je voulais monter pour voir le résultat, mais Lucien me tire par la ceinture et me dit « va faire briquet (casse-croûte des profondeurs dure 25 min) tu verras après ».

En bas sur les rails, le rouleur place déjà un train de berlines. Le briquet vite avalé, Impatient au point que mon oncle n’a pas le temps de me retenir, je monte rapidement voir le résultat. Dans les couloirs, le charbon commence  à couler. Contrairement à mon attente tout doucement. L’odeur de la poudre omniprésente me fait tousser un peu. Les pilots ont tenu le choc. Derrière c’est le capharnaüm les bois foudroyés laissés en place, enchevêtrés, obstruent les couloirs d’évacuation, quel bazar. Mon oncle me rejoint, essoufflé il m’ houspille généreusement, sur, je ne recommencerai plus cette connerie. Vient alors le déblaiement, scier  les troncs qui entravent le passage, casser au piqueur les gros blocs de charbon, faciliter l’écoulement vers la trappe la houille. Elle fait en s’écoulant un bruissement plaisant à l’oreille  telle une rivière brillante sous nos lampes.

En bas le rouleur s’affaire, les berlines se remplissent rapidement, plusieurs trains seront nécessaires. Les balles (berlines pleines) remonteront par la fosse Barrois la fosse dite de l’an 2000.

C’est un boulot qui me plait bien, cela change du marteau piqueur et du boisage dans les tailles  traditionnelles. De plus j’apprécie bien mon oncle que je qualifierai de force tranquille mais efficace.

Je travaillerai une quinzaine de jours avec lui le temps de finir l’exploitation du dépilage bucqué  dans ce secteur avant de passer à la taille rabot. Mais ceci est une autre anecdote, vécue.

Anecdote Jean Pierre Mongaudon


Date de création : 21/04/2015 @ 15:29
Catégorie : Livres, récits, témoignages... - Récits-Mineurs-Jean-Pierre Mongaudon
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